[Tribune libre] Nous n’avons pas besoin de 14 juillet

Par Julien Langella, responsable de Recounquista – Les Jeunes Identitaires de Provence

« Le jour du Quatorze Juillet
Je reste dans mon lit douillet.
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas. »

Georges Brassens, La Mauvaise réputation

La date du 14 juillet a été fixée comme fête nationale par la loi du 6 juillet 1880. Depuis Napoléon, on la fêtait clandestinement, l’Empereur l’ayant interdite de crainte que les festivités n’incitent à de nouvelles émeutes, comme le jour de la prise de la Bastille. Dans l’émission L’Ombre d’un doute (11 juillet 2012), on apprend que « ce qui était une fête populaire, avec des mouvements de foule, des processions, des parades devient [en 1880, dix ans après la victoire allemande et la perte de l'Alsace-Lorraine] une fête militaire, un défilé militaire ». Le 14 juillet revient donc en grâce mais transformé, conçu pour remonter le moral des Français, en berne depuis la sentence de Sedun. Le 14 juillet nait dans un contexte de chauvinisme sur la défensive, tel un animal blessé. Le défilé doit jouer sur les consciences : les Français sont psychiquement mobilisés par la solennité du clairon, des tambours et de l’écho des bottes qui frappent les pavés, en attendant d’être mobilisés physiquement pour venger l’affront qu’un « sang impur » osa leur faire dix ans plus tôt. Autant vous dire que Pierre, quand il assiste au défilé derrière le cordon de la maréchaussée, il pense plus à casser du schleu qu’à rêver de l’Europe-puissance…

Et pourtant, la France est un condensé d’Europe : notre pays est le seul à être bordé par la mer du Nord, la Méditerranée et l’Atlantique ; à la fois maritime et continental ; à la fois latin, celte et germanique. La France, ce n’est pas l’uniforme du soldat, qui diffère très peu du côté à un autre d’une frontière. C’est la diversité des langues et des accents, de la cuisine et des senteurs, des paysages et des terroirs. La France, c’est cette diversité autochtone qui n’a pas besoin d’une quelconque « diversité » d’Afrique ou d’ailleurs pour exister. C’est parce qu’elle est diverse que cette France est « l’Europe en modèle réduit » (Eric Zemmour). La France, ce n’est pas l’Etat. La France, c’est son peuple. En effet, « il y avait, avant la conquête romaine, de prodigieuses différences entre la colonie grecque de Marseille et les Cimbres d’entre Seine et Loire ou les Belges d’entre Meuse et Seine. Le mélange s’est formé peu à peu, ne laissant qu’une heureuse diversité. De là viennent la richesse intellectuelle et morale de la France, son équilibre, son génie » (Jacques Bainville). Fêter la France, ce devrait être fêter l’Europe !

D’autres pays se passent très bien du défilé militaire : la Grèce, l’Allemagne, la Finlande, la Norvège et la Suède ne font marcher personne au pas de l’oie. L’Italie a un défilé militaire le 2 juin mais celui-ci a lieu dans l’indifférence générale. Quant à l’Espagne et au Portugal, rigueur budgétaire oblige, les effectifs du défilé ont été considérablement réduits (en particulier les véhicules les plus polluants, mesure de bon sens écologique). Au Royaume-Uni, il n’y a même pas de fête nationale à proprement parler, ou plutôt ce sont celles des Saints patrons : la St Patrick en Irlande, St Andrew en Ecosse, St David au Pays de Galles, St Georges ou l’anniversaire de la Reine en Angleterre (qui n’est même pas fêté le jour de sa naissance).

Le cas du Pays de Galles devrait nous servir d’exemple : chaque 1er mars, des parades populaires apparaissent spontanément dans la plupart des villes, de quartier en quartier les habitants se joignent librement à la foule, certains sont habillés en chevalier du Moyen-Âge, d’autres arborent des ailes de dragon et se peignent le visage aux couleurs émeraude et pourpre du Y Ddraig Goch(le Dragon rouge, drapeau de la nation galloise), tous portent une jonquille en l’honneur de Saint David, des étendards et fanions médiévaux de différents fiefs gallois sont cousus entre eux et portés en procession, on se déguise et on danse, … A Wrexham par exemple, des groupes de musique locaux jouent ici et là dans les rues, on chante le Hen Wlad fy Nhadau (« Vieux pays de mes ancêtres », hymne national), des jeux sont organisés pour les enfants, etc. Dans les parades, le jean côtoie le kilt et la guitare rencontre la welsh bagpipe ou la harpe dans une ambiance intemporelle de carnaval national. Passé, présent et futur se tutoient. Dans les écoles, les jeunes filles revêtent l’habit traditionnel. En 2010 à Cardiff, le Really Welsh Food (« Festival de la Vraie Nourriture Galloise ») a été spécialement organisé le 26 mars pour précéder la St David. Rodney Skelland, Lead Member for Regeneration and Corporate Governance, déclare : « la St David est un jour pour célébrer notre culture galloise et notre héritage » (wrexham.com, 3 février 2012).

S’il y a bien une exception française, c’est la manière dont les partisans les plus enragés de la République ont fait table rase du passé de la France comme ils tranchèrent la tête de leur roi. Pour Tocqueville, « rien n’a plus surpris et même épouvanté l’Europe, qui n’était pas préparé à un pareil spectacle » (L’Ancien régime et la Révolution, 1856). Le penseur Edmund Burke, épouvanté par ce qu’il avait vu en France, rapporta à ses compatriotes : « c’est la première fois qu’on voyait des hommes mettre en morceaux leur patrie d’une manière aussi barbare » (Réflexions sur la Révolution française, 1790). S’il avait eu le courage de rester plus longtemps, il aurait vu les Barrère et autres Vadier (surnommé « Le Grand Inquisiteur ») descendre les escaliers de l’hémicycle parlementaire avec des bottes faites en peau de vendéen (Reynald Sécher, Vendée : du génocide au mémoricide, 2011).

Si la plupart des Etats modernes se sont construits sur une certaine mythologie nationale, aucun d’entre eux ne la fait avec autant de persécutions contre son propre peuple et ses identités locales, c’est-à-dire à l’égard de ses racines. Cela explique pourquoi, devenus amnésiques, gentiment alignés comme des bœufs derrière les barrières des Champs Elysées ou devant notre écran de télévision, nous nous contentons de ce défilé militaire chiant comme la mort qui n’évoque absolument rien dans notre mémoire populaire. A en lire les paroles de leur hymne, Les Gallois, eux, n’ont pas besoin de tanks et de tenues camouflage – virilité d’opérette pour nation vassale – pour se rappeler que leurs ancêtres étaient de « braves guerriers, si nobles et si vaillants, qui versèrent leur sang pour la liberté », mais aussi « des poètes et des chanteurs, des hommes illustres et d’honneur ». Et quand ils marchent dans la rue en portant les couleurs et les vêtements de leurs aïeux, ils revivent les grandes heures de leur histoire, ils rallument le feu de la plus longue mémoire. Que ressentons-nous quand nous assistons au passage de la Patrouille de France ou à un feu d’artifice ? Une vague sensation de divertissement, guère plus que ce que doit ressentir une vache devant un TGV plus coloré qu’un autre. Avez-vous si peu d’estime pour votre pays et vos compatriotes que vous ne trouviez rien à redire dans ce spectacle digne d’un peuple d’esclaves et de son despote oriental ?

Les bonnes consciences démocratiques se moquent des dictatures d’hier ou d’aujourd’hui dans lesquelles des tyrans mégalos font passer en revue, devant des troupeaux de sujets dociles, les dernières merveilles de leur armement… Sommes-nous si différents ?

Si une fête nationale est censée être la célébration d’un pays et de ses habitants, alors ce devrait être tous les jours la fête. Car la fierté d’être français ou gallois, ça ne dure pas que quelques heures dans l’année. Mais s’il fallait choisir une date, Mardi gras ferait très bien l’affaire. Car comme le disait le poète occitan Miquèu Decor, Quand on verra le bombardier répandre des pluies de confettis / Quand on verra le canon faire risette à l’objectif / Quand on verra le tank promener les filles aux fêtes / La balle faire son zig-zag, comme le serpentin / Farai de Carnaval la fèsta nacionala !

* « Je ferai du Carnaval la fête nationale ! »

Plus :

Wales.com – St David’s day

www.welshfoodfestival.co.uk

St David’s day for kids

Supprimons le 14 juillet (la République n’est pas ma patrie) (Autre-jeunesse.com, 13/7/2012)

14 juillet : le seul défilé militaire qui échappe à la rigueur (Myeurop.fr, 12/7/2012)

Retour sur les origines du défilé du 14 juillet (Le Figaro, 15/7/2011)

Nous sommes indestructibles

Le 1er janvier de cette année 2012 rappelle d’abord que, dans tous les pays d’Europe nous avons fêté Noël, autre nom pour le Solstice d’Hiver qui fut célébré en Europe des millénaires avant l’ère chrétienne. Cette fête nous fait souvenir que nous, Européens, fils des Hyperboréens de la légende apollinienne, venons de loin et que nous sommes indestructibles, en dépit des périls qui se dessinent à l’horizon et en dépit de la perversion des oligarchies dominantes.

N’ayant pas de civilisation de rechange, c’est à la mienne et à sa tradition que je m’attache. Elle m’a fait ce que je suis. Elle a façonné mon être, une certaine façon d’exister, de sentir, de penser, de me comporter devant la vie et devant la mort, l’amour et le destin.

Intimement conscient de ce que je dois d’essentiel à mes origines, je justifie et soutiendrai toujours le droit fondamental de tous les autres humains à posséder leur propre patrie, leur culture, un enracinement qui permet d’être soi, chez soi, et de ne pas être rien.

C’est aussi pourquoi je m’insurge contre ce qui me nie. Je m’insurge contre l’invasion silencieuses de nos villes, je m’insurge contre la négation de la mémoire européenne. Je dois à celle-ci de m’avoir transmis des exemples de tenue, de vaillance et de raffinement venus du plus lointain passé, celui d’Hector et d’Andromaque, d’Ulysse et de Pénélope. Menacé comme tous mes frères européens de périr spirituellement, cette mémoire est mon bien le plus précieux.

Il est nécessaire aussi, à l’aube de cette année 2012 de rappeler les fondamentaux de toute vie humaine au-delà des croyances de chacun. Dans leur diversité, les hommes n’existent que par ce qui les distingue, clans, peuples, nations, cultures, civilisations, et non par ce qu’ils ont en commun. Seule leur animalité est universelle. La sexualité est commune à toute l’humanité autant que la nécessité de se nourrir. En revanche, l’amour comme la gastronomie ou l’art du thé sont le propre d’une civilisation, c’est-à-dire d’un effort millénaire de création dans le mystère de la continuité de soi. L’amour entre deux personnes de sexe opposé, tel que le conçoivent les Européens, et qu’a magnifié l’amour courtois à partir du XIIe siècle, est déjà présent de façon implicite dans les poèmes homériques à travers les personnages contrastés d’Hélène, Hector, Andromaque, Ulysse et Pénélope. De même, la perception forte de ce qu’est une personne, l’existence politique de cités libres et en armes, l’idée fondamentale aussi que les hommes ne sont pas étrangers à la nature, qu’ils en épousent le cycle de renouvellement perpétuel incluant la naissances et la mort, qu’enfin du pire peut surgir le meilleur, ce sont là un ensemble de particularités constitutives qui s’affirment déjà dans les deux poèmes d’Homère qui nous offrent nos modèles.

Même quand ils ne le savent pas, les individus et les peuples ont un besoin vital de tradition et de civilisation propres, c’est-à-dire de continuités apaisantes, de rites, d’ordre intériorisé, et de spiritualité. Nous, Européens, avons tous besoin de beauté, notamment dans les petites choses. C’est le sens des fêtes familiales ou amicales que nous avons tous célébrées. Mais la perception que nous en avons change selon les civilisations, tissées elles-mêmes d’hérédités spécifiques aux sources mystérieuses.

Ayant ces réalités à l’esprit, on peut poser comme principe qu’il n’y a pas de réponse universelle aux questions de l’existence et du comportement. Chaque peuple, chaque civilisation a sa vérité et ses dieux également respectables. Chacun apporte ses réponses, sans lesquelles les individus, hommes ou femmes, privés d’identité, donc de substance et de profondeur, sont précipités dans un trouble sans fond. Comme les plantes, les hommes ne peuvent se passer de racines. Mais leurs racines ne sont pas seulement celles de l’hérédité, auxquelles on peut être infidèle, ce sont également celles de l’esprit, c’est-à-dire de la tradition qu’il appartient à chacun de retrouver.

 Dominique Vennner

 Notes

Pour orner la carte de vœux 2012 de La Nouvelle Revue d’Histoire, j’ai choisi l’autoportrait de Mme Vigée-Lebrun.
Le visage solaire de cette jeune femme de notre peuple nous accompagnera toute l’année. Il nous rappellera les raisons profondes pour lesquels nous vivons et parfois combattons.

En affirmant l’identité de mon peuple, je défends celle de tous les peuples

Il fallut du temps pour passer d’un nationalisme de combat à la conscience sereine de l’identité. Oui, il a fallu du temps pour en arriver à cette idée nouvelle qu’en affirmant l’identité de mon peuple, je défends celle de tous les peuples, qu’en assurant le droit égal de chaque culture, j’assure le même droit pour les miens. Respecter la culture enracinée de tous les peuples ne signifie pas qu’on accorde une égale considération à n’importe quoi. Parler d’égalité des cultures n’a pas de sens. Les cultures ne se quantifient pas. Je respecte le mode de vie ancestral des Bochimans du Kalahari et, si c’était en mon pouvoir, je le défendrais contre tout ce qui le menace (il est mortellement menacé). Le respect des vraies cultures ne se confond pas non plus avec le culte de toutes les fariboles créées par la mode. Il implique au contraire la capacité de juger et de hiérarchiser autrement qu’en termes de marché.

Dominique Venner, Le cœur rebelle

Jean Yves Le Gallou à La Traboule (Lyon)

Le temps des veillées approche (4)… Nissa la bella

Nissa la bella (en français : Nice la belle) est l’hymne en langue niçoise de la ville de Nice et du Pays niçois. Il a été écrit par le barde niçois Menica Rondelly en 1912.

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