Par Julien Langella
Depuis quelques semaines, dans les rues des grandes villes de France, les imbéciles heureux de plusieurs lycées de France jouent à « c’est la ! C’est la ! C’est la révolution ! » (à scander avec une mèche de dandy à peine pubère devant les yeux, visiblement peu pratique pour parer les balles de flash-ball taquines). Il est peu probable que les jeunes identitaires de la campagne Une Autre Jeunesse aient mis un pied dans ces cortèges ou s’enthousiasment pour l’un des deux camps en présence : les demeurés post-modernes cherchant à prouver à leurs parents que, eux aussi, peuvent faire retentir leur jolie voix à peine sortie de la mue comme papa/maman il y a 40 ans lançaient des pavés sur les représentants d’un pouvoir « fasciste ». Et puis l’éternelle petite équipe gouvernementale de taffioles droitardes cherchant, elle, à prouver à son électorat qu’ils en ont dans le caleçon et qu’en démocratie, ce n’est pas la rue qui gouverne. Les mêmes qui achètent la paix sociale a coups de milliards dans les banlieues pour des équipements brûlés la veille, et qui le seront le surlendemain, par les enfants de la Diversité. Quand on est « de droite » et au gouvernement, le courage est à géométrie très variable.
Que l’on soit dans le camp des rebelles sans cause ou du gouvernement fébrile qui leur fait face, c’est la même pulsion sous-jacente qui prédomine : le complexe d’infériorité narcissique et l’orgueil blessé d’une virilité en berne. Et ensuite la même absence pathétique de vision politique, mêlée de frustration devant l’inexistence d’un grand dessein quelconque et de petits calculs politicards convenus. D’un côté comme de l’autre, on gesticule pour prouver à son public respectif qu’on ne « lâchera rien » (variante lycéenne) ou qu’on ne « cèdera pas » (version gouvernementale plus policée). Alors que fondamentalement, il n’y a pas plus d’hormones mâles à droite qu’à gauche, bien que dans les rangs des manifestants l’on ait au moins le mérite d’essayer ou de faire semblant d’en avoir. Mais quelques goutes de pluie suffiront à calmer les ardeurs des incendiaires de poubelle en herbe (à défaut, une balle de flash-ball espiègle peut se montrer convaincante), qui ne défilent dans la rue que pour avoir leur petite heure de gloire rien qu’à eux, avec en photo dans le journal, le poing levé d’un manifestant peut-être immortalisé en noir et blanc par un photographe de passage. Car tous ces petits Blancs à keffieh sont finalement à plaindre. Ils font partie de cette jeunesse européenne qui constitue les enfants oubliés de l’histoire, la deuxième ou troisième génération de Français à ne pas avoir connu ni guerre, ni révolution.
La première génération de Français à avoir vécu cette situation unique (bien qu’ils aient cru de bonne foi avoir participé à une « révolution »), les 68ards et les baby-boomers, à l’image d’un Cohn-Bendit qui fut l’un des diffuseurs de l’esprit de jouissance dans la société française, dont se nourrit le capitalisme destructeur de la nature, et qui aujourd’hui nous donne des leçons de rigueur écologique et d’ « éco-citoyenneté », se sont consolés de ce manque existentiel en se vautrant dans l’abondance des Trente Glorieuses. Leurs enfants, eux, dont les sondages récents montrent qu’ils réclament plus d’autorité en tout (école, famille, etc.), devant un avenir barré que leurs parents ont contribué à assombrir en vidant le frigo et en laissant un chaos monstre dans la maison, ne peuvent pas supporter l’éventualité, a fortiori dans une société égo-centrée toute entière tournée vers l’accomplissement de « soi », de n’être que quantité humaine négligeable dans la longue chaine de l’histoire, de ne jouer aucun rôle valorisant dans l’aventure humaine. Alors, les poubelles incendiées et les pierres sur les CRS prennent tout leur sens : l’ultime et pathétique tentative d’exister encore un peu dans une société de consommation qui nous enjoint à se contenter de survivre et de jouir au moyen de gadgets commerciaux pourvoyeurs de bonheur en kit et de plaisirs artificiels et chimiques. Comment ne pas éprouver quelque peine pour le petit Blanc qui n’a pas trouvé d’autre moyen d’exister que de grossir les rangs d’une vaine contestation de plus dans laquelle il gâchera ses forces et sa foi avant de rentrer dans l’aimable troupeau, au mieux, des employés de bureau dociles, au pire des chômeurs ou des sans-abris ? Pescaire (« pauvres d’eux », peuchère) comme disaient nos aïeux du Midi. Ainsi, n’est-il pas évident que ce sont les gouvernements successifs, assemblées de vieux oligarques poussiéreux tous sortis du même sein bureaucratique flétri, qui méritent notre rage plutôt que les jeunes Blancs égarés, braillant des slogans pauvres et minables, mal à l’aise au même titre que l’ensemble de leur génération devant le désenchantement du monde ?
Cette réformette du système de retraites n’est qu’une énième tentative de correction des effets pervers d’un système social croulant et anachronique qui ne ressortira pas rentable de quelques piqures de morphine administrées par les différents gouvernements de droite. Ce régime, bien qu’ayant le formidable avantage de protéger nos retraites – à l’inverse du système américain – de l’appétit glouton des prédateurs boursiers, ne témoigne pas moins d’une désagréable lame idéologique de fond : la volonté lancinante et obsessionnelle de nous mettre à l’écart du risque, de nous cajoler tendrement au rythme des caresses sécurisantes de l’Etat-providence (le fameux système par « assistanat »). « Un bouleversement inouï en Occident : des siècles durant, l’homme tenait sa légitimité du fait qu’il pouvait être amené à mettre sa vie en jeu [par le combat guerrier ou le travail]. C’est de la confrontation à une nature hostile, ou à des ennemis potentiels, que l’homme naissait à lui-même. (…) Cet ordonnancement est révolu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La guerre [et le combat sous toutes ses formes] a perdu sa légitimité (…) L’idée que la vie est malgré tout une forme de lutte, que nous le voulions ou non, et sous quelque forme que ce soit, paraît parfois nous avoir quittés. Le philosophe Alexandre Kojève, qui fut le maitre de Raymond Aron, avait suggéré qu’au lendemain des grands traumatismes de la Seconde Guerre mondiale, les peuples européens aspiraient aux jeux et aux loisirs à l’ombre d’une puissance tutélaire protectrice [l'État-providence qui prodigue gratuitement l'éducation, la santé, les loisirs, la culture, etc. à tous ses enfants], ce qui signifiait, à ses yeux, le retour à une forme d’animalité plus ou moins heureuse, l’innocence en moins. » (Paul-François Paoli, La tyrannie de la faiblesse – La féminisation du monde ou l’éclipse du guerrier, septembre 2010).
L’Autre jeunesse partage ce constat et proclame que la vie est avant tout un combat, une lutte héroïque et tragique qui ne se résume pas à la question (qui est une interrogation de vieillards anxieux) de savoir si nous partirons en retraite à 60 ou à 62 ans. Car nous sommes de « ceux qui croient que l’homme ne vit pas seulement de pain ; que l’épanouissement et l’affirmation de la personnalité humaine ne sont possibles qu’à travers une vision héroïque de l’existence ; que le facteur économique est important mais non prépondérant – encore moins lorsqu’il s’agit de « faire l’histoire » ; que la valeur d’un État, et d’un peuple, ne réside pas tant dans son niveau de vie et dans la puissance de son économie que dans sa grandeur, civile et politique » (Julius Evola).
L’Autre jeunesse ne s’intéresse pas plus aux arguments « pour » qu’aux arguments « contre » la réforme, nous affirmons que l’époque actuelle impose des défis vitaux à notre génération et à celles qui suivront, à côté desquels la question de l’âge du départ en retraite paraît considérablement ridicule : demeurer libre sur la terre de nos pères, livrée à l’appétit conquérant de l’islam et des nouveaux Barbares par des gouvernants corrompus, vendue à perte aux « gagnants » de la mondialisation qui rêvent d’en faire un mélange de musée à ciel ouvert pour les touristes fortunés et de ghetto tiers-mondisé pour les indigènes que nous deviendrions alors, ravagés comme les Indiens d’Amérique par les différentes drogues prescrites par le monde moderne : pornographie extinctrice du désir, soumission à l’argent-roi et obsession de « faire carrière », consumérisme abrutissant, ainsi livrés à la misère sociale et affective qui en résulte, définitivement expulsés de l’Histoire par toutes les formes d’envahisseurs. Trois crédos en forme de cris de guerre que nous scanderons dans la rue le samedi 23 octobre à Paris lors de la seule manifestation de jeunes où la racaille ne fera pas la loi : la vie est un combat – maîtres chez nous – la jeunesse au pouvoir !
