Par Julien Langella

Une élève pleure dans les bras de sa mère devant le collège de Florensac (RTL.fr)
La victime
Hier, une collégienne de 13 ans, scolarisée en 5ème, a été battue à mort par le frère d’une autre élève. « Il a commencé à sauter sur elle, à lui mettre des coups de poings –affolant, car c’est un boxeur- à la pousser, à lui tirer les cheveux, raconte Melissa sur BFM TV. Elle était à côté de moi, elle me disait “Melissa”, mais le temps de le dire, elle est tombée raide par terre. »
Source : ParisMatch
Elle s’appelait Carla Figuera.
La bourgeoise
« Il y a une augmentation de l’ultra-violence, il faut se demander pourquoi, au regard de l’éducation, au regard de notre société, avec le développement de certains films très violents ou de certains jeux vidéo », a déclaré Nadine Morano sur i<Télé, en réaction à la mort de l’adolescente.
Source : ParisMatch
Depuis le 19ème siècle et l’épisode de la Commune, le bourgeois est rentré dans les mémoires collectives comme la figure du parvenu, ayant accédé à un assez haut niveau social pour se croire légitimé à commander à ceux qui sont ses égaux, à leur imposer ses leçons de morale à propos de situations que lui-même ne vit pas, et dont il a pris soin de mettre sa famille à l’abri. Le bourgeois est donc tout à la fois une catégorie sociale et un type moral (ou plutôt immoral). Ainsi, sous la Commune, la figure du bourgeois détesté est représentée par Adolphe Thiers, qui réprime dans le sang ceux qui tiennent les barricades parisiennes : le peuple parisien s’était révolté conte l’humiliation née de la défaite, mais pour les Versaillais, bien calfeutrés derrière leurs bureaux Grand Siècle, la guerre est une notion assez exotique. De nos jours, le bourgeois est celui qui donne des leçons d’ « humanité » et de « tolérance » aux Français, tout particulièrement quand il s’agit d’immigration et de délinquance, mais qui, lui-même, fait échapper ses enfants à la « diversité » en les plaçant dans des lycées aux frais d’inscription exorbitants et farouchement mono-ethnique (« ils adorent les immigrés, surtout les sans-papiers ; leur fille avec un bronzé, ah ça, plutôt crever » chante le groupe Hôtel Stella). En somme, le bourgeois, c’est l’élite qui nous gouverne, le pays légal, séparé du pays réel (le peuple) par un fossé infranchissable (« combien de fils d’ouvriers, de paysans ou de petits commerçants dans les assemblées censées représenter le peuple ? », lance Gaëtan Jarry le 31 mai 2008 à Paris).
La réaction de Nadine Morano au drame de Florensac fait d’elle la bourgeoise de cette affaire. Ce n’est pas je ne sais quel jeu vidéo, film d’horreur ou concert « ultra-violent » qui aurait incité l’agresseur présumé de la petite Carla à passer à l’acte. Mais plutôt la dislocation de la société française et de ses piliers : famille, autorité, communauté. A l’heure de l’avortement-contraception, des divorces à la chaîne, des familles recomposées à l’infini et de la mort du pater familias, proclamée triomphalement par de vieilles radasses féministes inconscientes, il n’y a RIEN, plus aucun obstacle, pour empêcher un jeune de passer à l’acte, d’exprimer ses pulsions. Car la famille est la première société dans laquelle s’insère l’enfant et qui lui donne des repères forts et une conscience aiguë du bien et du mal. La famille, source d’autorité et cadre communautaire primitif, responsabilise l’enfant ; sa destruction sous couvert de libéralisation des mœurs le livre tout entier à ses instincts juvéniles incontrôlables. Ceux qui ont entrepris de tuer la famille depuis 40 ans sont ceux qui portèrent les coups fatals à Carla. Et Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la Famille jusqu’au 13 novembre 2010, est de ceux là, étant partisane de la légalisation du mariage homosexuel et de l’adoption par des couples homosexuels (Le Salon Beige, 2008).
Les pleutres
Carla « est tombée six fois ». (…) des assistants d’éducation étaient à la sortie du collège « qui ont essayé de s’interposer entre les jeunes filles, mais qui malheureusement n’ont pas pu faire grand-chose ».
Source : ParisMatch
Comment un minot de 15-17 ans peut-il tabasser une enfant devant un collège sans être interrompu dans sa rage meurtrière par les personnes présentes – élèves, professeurs, surveillants, passants, etc. ? Il suffisait pourtant de peu : il suffisait d’un seul de ces surveillants ou d’un seul passant pour assumer de supporter les coups du boxeur en herbe afin de permettre à Carla de s’échapper. Et sa famille pourrait, aujourd’hui même, tenir Carla dans ses bras. L’intervention d’une seule personne aurait pu faire la différence. N’importe quel adulte, un homme bien entendu, aurait été capable d’encaisser à la place de Carla, ou, au mieux, d’assommer par derrière l’agresseur présumé, à défaut de l’affronter de face. Quiconque a déjà connu la violence de rue sait que l’effet de surprise est décisif dans ce genre de situation. Mais non, la démonstration de force et de haine d’une boule de nerfs adolescente a suffi à impressionner les témoins et court-circuiter d’avance tout embryon de courage. Cette exhibition de colère d’ « enfant trop nourri » a suffi à tétaniser ceux qui, en âge d’être les parents ou les tuteurs de l’agresseur présumé, sont probablement, dans leur familles respectives, en train de fabriquer le même genre de monstre incontrôlable parce que gavé de permissivité et dont on glorifie, dans un sens « progressiste », l’authenticité. Il y a définitivement quelque chose de pourri dans cette société où les « parents ne sont que marginalement responsables du développement de leur enfants [donc directement responsables des dérives de ceux-ci]… Les obstétriciens prennent le bébé en charge à la naissance, le pédiatre s’occupe ensuite de ses maladies et de son rétablissement, et les enseignants sont responsables de son intelligence… Les supermarchés et de l’industrie alimentaire de sa nourriture, et la télévision de ses mythes » (Mark Gerzon cité par Christopher Lasch dans La Culture du Narcissisme, p. 215).
A la destruction de la famille, il faut ajouter, au banc des accusés, le pacifisme dont ont été gavées les générations successives d’enfants éduqués par des baby-boomers. « Ne jamais répondre à la violence par la violence », nous as-t-on seriné depuis l’enfance : morale de faibles qui cherchent une justification éthique à leur lâcheté, croyant que, du même coup, ils nous protègeaient de la violence. Mais leur méconnaissance de l’omniprésence de la violence de notre société leur a caché l’existence de ces prédateurs qui, eux, ne jouent pas selon les mêmes règles du jeu. « Ne jamais répondre à la violence par la violence ». Les témoins de l’assassinat de Carla ont acquiescé docilement à cette injonction. Carla, elle, en est morte.
Autodéfense. Communauté. Solidarité.