Mon pote serait-il un dealer ?

Touche pas à mon pote!

Un mot d’ordre plus autoritariste que libertaire qui fleure bon les années Mitterrand. À vrai dire, en apercevant la grande main jaune dans Grenoble, Jacques s’était un instant demandé si la combinaison travail excessif + café serré + absinthe féérique ne commençait pas à lui jouer des tours. Il avait même commencé à scruter anxieusement les alentours, s’attendant à voir débouler des bandes de neusks et de keupons, s’affrontant joyeusement à coup de bouteilles brisées et de poings ricains.

Mais non, tout allait bien, ou presque, et l’on était toujours en 2010. Assurant sa démarche et rassemblant ses pensées éparses, il se rapprocha du digne lampadaire de la Place Notre-Dame ainsi affublé d’une telle postiche anachronique. Et là, stupéfaction.  Si l’autoc sentait les années 80, le rire que le jeune homme lui adressa alors empestait un mélange de moquerie, d’hilarité,…et une certaine lassitude.

Touche pas à mon pote, le message dictatorial de l’homme aux 100 montres, recouvrait un autre autocollant aussi injonctif: Pas de dealers dans nos quartier!

Après le délire chronologique et l’ahurissement, c’est la perplexité qui tétanisa Jacques. En effet, pourquoi une association antiraciste prendrait-elle la défense des dealers. SOS racisme et autres oficines admettaient-elles enfin le fait que la majorité des vendeurs de poison qui fait planer étaient des « potes »? des « potes », c’est à dire des « jeunes » en langage merdiatique.

Résumons, prononça intérieurement le futur ingénieur. Si les potes prenaient ainsi la défense des dealers, alors Zemmour était bien sur la même ligne que Mouloud Aounit et consorts: la plupart des trafiquants sont des noirs et des arabes. CQFD
Mais non, ce  ne pouvait être la seule explication…