Fracture générationnelle
Fracture sociale, fracture sociale, fracture sociale.
On ne nous parle que de fracture sociale.
C’est un raisonnement typiquement idéaliste, et assez réducteur. Comme si les relations sociales ne tournaient qu’autour d’un seul axe, ceux qui ont l’argent et ceux qui ne l’ont pas. Complètement simpliste. Simplement français. La délinquance dans les banlieues? Ça n’est pas culturel, c’est social. L’échec scolaire? Une question d’argent, pas d’éducation parentale. Le bonheur? Mieux vaut être riche!
Pourtant, et il faudrait être manichéen-ou de mauvaise foi, et ça serait plus grave- pour ne pas s’apercevoir qu’à la fracture sociale s’ajoutent d’autres fractures: fracture culturelle, fracture géographique,fracture scolaire…
Mais il y en a une dont on tait le nom, et qui est pourtant à la base des maux de notre culture. On la tait, car ce sont les forts de ce monde qui en sont responsables, et cette responsabilité, non seulement ils ne veulent pas l’endosser, mais plus encore ils la réfutent, ils la dénigrent, ça n’est pas eux. Il s’agit de la fracture générationnelle.
Toute civilisation qui se respecte a su transmettre générations après générations un corpus de valeurs, un savoir vivre et une identité propre à celle-ci. Le rôle majeur des parents en quelque sorte à travers l’éducation des générations futures.
Or ce rôle, les parents n’en veulent plus. Mais par ce refus, les parents d’aujourd’hui font subir aux jeunes une double peine: un mal personnel, et un mal civilisationnel.
Pauvres enfants, pauvres ados et grands enfants de trente ans qui payent les conséquences de leurs parents.Je me souviendrai toujours de ce gars de 20 ans, qui avait pris la parole devant 500 personnes lors d’une conférence sur la drogue. Il avait avoué très honnêtement, et très gravement: « je me drogue pour palier l’absence parentale ». Pauvre bonhomme qui s’en sortait si bien à l’école, et qui a vu ses notes chuter suite au divorce de ses parents, allant jusqu’à le faire sortir du système scolaire. Une souffrance aiguë enfouie sous une carapace d’apparence.
Et toi petite fille, tu pleures parce que tu viens de sortir une troisième fois de chez le médecin avorteur. Sûrement, tu te rappelles les images de ta maman ramenant ses multiples amants à la maison, ne prenant même pas la peine de fermer sa porte. Tu n’as que 16 ans.
Tant de vies blessées, tant de talents gâchés par la faute de parents-gamins, qui se refusent d’assurer leur rôle d’éducateur. La faute de parents égoïstes et jouisseurs, et qui ont pour seul intérêt une vie paisible et un compte bancaire garni.
Parents, nous avons besoin d’entendre votre non!
Parents, nous vous demandons de savoir nous dire stop!
Parents, nous aimerions que vous sachiez refuser une mutation pour enfin rester à la maison!
Parents, nous vous prions de nous parler de notre civilisation!
Car elle est là la seconde conséquence de la fracture générationnelle.
Plus de transmission, plus de continuité entre les générations, plus de commun. Chacun pour sa gueule, et tant pis si tu crèves.
« Tuons les vieux puisqu’ils nous coutent chère! » gueulent les jeunes. « Dépensons, dépensons, ça n’est pas nous qui paierons la dette!» tannent les parents.
Jamais un livre d’histoire ne remplacera les récits de guerre de mon grand père.
Personne d’autre que ma vieille tante ne décrit mieux les odeurs et les ambiances du faubourg de Montmartre des années 30.
Jeune Breton, remercie ton Papa pour t’avoir appris les rudiments de navigation.
Jeune Normand, salue ta mère qui t’a transmis le secret d’une tatin réussie.
Jeune Provençal, honore tes ancêtres qui t’ont permis de parler cette langue si chantante.
Jeune Savoyard, bénis tes aïeux d’avoir fait de toi un gaillard.
Et toi, jeune Parisien, professe avec sagesse le goût du combat, celui d’ Eynard, Goswin, et des Communards.
Transmission, transmission, transmission. Nous voulons honorer des parents fiers, d’honneur, et de valeur.
Nous serons des parents fiers, d’honneur, et de valeur.
Pour sûr.
Pierre-O


Première étape de la construction de notre embarcation, la récupération des matériaux de construction : des flotteurs (près de 20 fûts métalliques de 200 L, ce qui ne fut pas simple à trouver ni à nettoyer) ; une structure en bois (troncs d’acacia taillés sur mesure par nos soins), location d’un camion benne pour transporter notre matériel (ce qui fut le plus coûteux) ; faîtage et pont réalisés en bambous (plusieurs mètres de tiges nécessaires que nous avons du couper et élaguer, ainsi que des gaffes de 6 m de long qui nous ont servi à nous propulser et à nous diriger) ; cordages et sangles pour lier l’ensemble… Autre point important : une nécessaire étude topographique de notre trajet. Après deux jours et deux nuits de travail opiniâtre, nous avons pu mettre à l’eau notre embarcation. Place à l’aventure, maintenant !
Les badauds et promeneurs qui longeaient les quais d’Orléans tôt ce mardi 10 août ont donc eu la surprise de découvrir notre embarcation, d’une taille respectable (3 x 6 m), amarrée à l’une des rives, et son équipage au complet veillant aux derniers préparatifs (5 camarades, nombre nécessaire au bon déroulement de nos péripéties). C’est ainsi que nous avons pu nous mettre en route aux alentours de midi, pour une descente de la Loire qui durera près de 5 jours.
Quatre étapes principales ont constitué notre voyage : Orléans / Saint-Ay (14 km), Saint-Ay / Beaugency (18 km), Beaugency / Muides-sur-Loire (18 km), et enfin Muides-sur-Loire / Chaumont-sur-Loire (35 km) : 85 km au total. Notre périple a d’abord été rythmé par les éléments et le franchissement des obstacles naturels : un vent qui nous a fait face la plupart du temps et nous a beaucoup ralentit ; des courants rapides, surtout au passage des ponts, toujours délicats à négocier ; de nombreux bancs de sable ; parfois des rochers à fleur d’eau qu’il fallait éviter de justesse ; mais aussi et surtout un contact permanent avec une nature sauvage, une faune et une flore d’une extrême richesse et relativement préservées. Un peu de pluie et parfois le froid nous rappelaient que nous avions quitté le confort de la ville.
Plusieurs haltes ont été nécessaires pour notre ravitaillement : Meung-sur-Loire, d’où nous avons pu admirer l’église et son château médiéval remontant à la Guerre de Cent ans ; Saint-Dyé, « port de Chambord », l’un des plus beaux villages qu’il nous ait été donné de traverser, et Blois, sous un ciel majestueux, dans la dernière ligne droite de notre parcours. Chaque soir nous choisissions une petite île pour y installer notre bivouac, manger un repas chaud avec les derniers éclats du soleil et dormir sur le sable près du feu. Nous nous arrangions toujours pour ne laisser derrière nous aucun objet polluant susceptible de dégrader les oasis que nous abordions.
Bien qu’avertis des quelques risques inhérents à notre mode de locomotion (courants et sables mouvants) et qui ne nous ont pas vraiment gênés, restait un problème de taille au milieu de notre parcours : le franchissement du barrage de la centrale nucléaire de Saint-Laurent, avec son dénivelé de près de deux mètres. Après une halte pour décharger notre matériel et opérer quelques consolidations, nous nous sommes donc lancés, car il n’était pas imaginable de mettre fin à notre aventure sur cet obstacle. Le franchissement ne fut pas aisé, et a nécessité un effort musculaire intense de notre part en plus d’un plongeon imprévu. Nous avons toutefois été impressionnés par la solidité de notre navire qui sur la fin s’est vrillé sans jamais casser.
Nous avons effectué notre dernière étape de nuit (19 km) depuis Blois jusqu’à Chaumont-sur-Loire sous un ciel dégagé et emportés par un fort courant : notre attention devait être redoublée, tout comme l’anticipation des obstacles qui pour certains, apparaissaient juste avant la collision. L’équipage s’est donc réparti entre « vigie » et « moteurs » qui ont énergiquement gaffé plusieurs heures durant : chants et feux d’artifices tirés depuis notre embarcation ont ponctué cette dernière étape de nuit qui s’est poursuivie jusque sous les remparts du château de Chaumont-sur-Loire quelques heures avant le lever du jour.



















