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La gauche a épousé les thèses du grand patronat avec ce discours irresponsable où il faudrait régulariser tous les sans-papiers, elle prône l’immigration comme le demandent Laurence Parisot et Christine Lagarde pour une main d’œuvre à bon marché. (…) Non, l’immigration n’est pas une chance pour la France. C’est un mensonge entretenu depuis 30 ans. Oui c’est une chance pour le capitalisme financier, pour diviser, pour exploiter, pour généraliser l’insécurité sociale, exclure, ghettoïser des millions de familles et de jeunes français de la vie sociale et politique. (…) Aujourd’hui limiter y compris l’immigration régulière devient vital face une situation intenable et explosive dans des centaines de villes populaires.
Ces propos tenus récemment par André Gerin, député PCF du Rhône, sur son blog personnel (qui annonce la couleur : « J’aime le rouge dans le respect du blanc et du bleu »), provoquent la colère de ses camarades et de SOS Racisme, toujours prompts à décerner aux uns et aux autres des blâmes pour « xénophobie ». De la même manière que les récents succès de Marine Le Pen aux cantonales, nous nous en félicitons : non pas parce que nous avons viré notre cuti en faveur de l’une ou de l’autre, mais parce que ces deux faits illustrent une libération de la parole entamée en 2009. Les propos d’André Gerin ne sont finalement rien d’autre que l’expression d’un bon sens populaire muselé, comme il le souligne lui-même, « depuis 30 ans », par l’élite qui gouverne la France et l’Europe. Par cette sortie, le député du Rhône renoue avec une tradition « nationale » du PCF, héritière de la vieille conception stalinienne qui ne récusait pas totalement l’idée de « Nation » (non pas par je ne sais quel « identitarisme » mais plutôt par pragmatisme), et rompt ainsi avec l’internationalisme trotskyste pour qui il ne saurait y avoir de « Maison France » (l’expression est de M. Gerin). Tradition vivement défendue en 1981 par Georges Marchais, dans sa lettre au recteur de la Mosquée de Paris : « il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Il faut résoudre l’important problème posé dans la vie locale française par l’immigration. »
Heureusement, Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, est là pour tenir la garde devant la chambre royale des fondamentaux malmenés, estimant que « le Parti communiste Français a toujours combattu de tels discours » (L’Humanité, 20 juin dernier). En France, il y a un pays réel (vous et moi) et un pays légal (l’élite mondialisée qui vit déconnectée du peuple). Et bien, au PCF, c’est la même chose : il y a le PCF réel, c’est-à-dire ceux pour lesquels la contradiction entre la défense des travailleurs français et une posture internationaliste n’est plus supportable, et les autres, le PCF légal, idiots utiles des patrons-voyous et partisans du laissez-faire laissez-passer libéral en matière de circulation des hommes. En somme, les honnêtes gens et les négriers. Cela est l’illustration des brèches qui courent sur le mur de la pensée unique à l’intérieur même de structures (et le PCF en est – était ? – une particulièrement éminente) qui furent à l’avant-garde de la construction de ce mur et de l’instauration du terrorisme intellectuel pour assurer sa défense. Quand la discorde s’installe chez les clercs, c’est le signe que quelque chose de profond est en train de se passer au Royaume de France… Les temps changent !
Pour autant, M. Gerin connait les limites imposées par le politiquement correct. Tout d’abord, il ne parle que de « limitation », pas d’ « interruption » claire et nette. Or, là dessus, il n’y a pas à badiner : pour permettre, si tant est que ce soit encore possible, l’instauration d’une politique d’assimilation intransigeante, encore faut-il traiter un « stock », pas un flux constant, aussi faible soit-il. Par conséquent, nous conseillons à M. Gerin, s’il veut être totalement cohérent avec lui-même, de proposer un véritable moratoire sur les migrations vers la France et l’Europe, afin d’assurer dans un premier temps l’assimilation des immigrés et fils d’immigrés qui sont déjà bien installés sur le territoire avant d’avoir maille à faire avec les prochains… Mais cette politique est-elle seulement possible ? En effet, M. Gerin est-il crédible lorsqu’il considère qu’il faille s’engager dans une politique « d’intégration à la Nation » (« contre le voile intégral afin que la jeunesse des quartiers populaires soit au centre des priorités du pays pour la décennie à venir : une politique de l’enfance, d’éducation, d’insertion, d’intégration à la Nation ») ? Au Bloc Identitaire, nous ne le croyons pas : ce discours assimilationniste, finalement pas si différent que celui du Front National, qui n’a toujours pas entériné la réalité de la « fracture ethnique », pouvait probablement être audible à nos compatriotes il y a 20 ans, mais il ne l’est plus aujourd’hui. A qui va t-on faire croire que l’on va fabriquer des petits Français avec ceux qui, ayant au cœur la rage des déracinés en quête d’identité, affichent ostensiblement dans nos rues leur nationalisme algérien, tunisien ou marocain ? C’est un leurre. La seule position tenable et honnête consiste à dire que le retour au pays de ces jeunes « patriotes » algériens, marocains et tunisiens est la seule issue à cette fracture ethnique. C’est une proposition courageuse. Mais c’est la seule à même de garantir la paix civile sur le long terme. La position « intégrationniste » de M. Gerin restant de l’ordre du pansement sur une jambe de bois…
Il est temps de rompre le cordon ombilical et de prendre ses responsabilités : l’Afrique a besoin de ses enfants, trop longtemps illusionnés sur un eldorado français qu’ils n’ont pas trouvé. Au Bloc Identitaire, nous pensons que l’immigration est un drame pour l’Afrique et l’Europe tout à la fois : l’émigration vide le continent noir des bras et des cerveaux indispensables à sa reconstruction ; l’immigration asphyxie le continent blanc en créant de manière irresponsable les conditions de la guerre civile. Au berger de l’Atlas, les immigrationnistes promettent le rêve de voir ses enfants s’élever dans une société qui, dans la réalité, les cantonnera à dealer dans des cités minables et délabrées. Aux Européens, ils jettent de la poudre aux yeux. Mais ceux-ci ne sont plus dupes. En témoignent les déclarations de M. Gerin qui, sentant le vent tourner, se sent enfin en mesure d’assumer des préoccupations que d’autres partagent au sein même de sa mouvance et de son électorat…
La libération de la parole semble s’être faite en trois temps : tout d’abord, des spécialistes, telle la démographe Michelle Tribalat, affirment le droit d’aborder ces problématiques, sans prendre parti. Ensuite, des personnalités comme M. Gerin déclarent tout de go que l’immigration n’est « pas une chance pour la France ». Et demain, en troisième temps, qui sait ?, peut-être que M. Gerin et tant d’autres finiront par admettre qu’opposer une politique assimilationniste comme seule solution à l’échec du multiculturalisme et aux assauts migratoires du Tiers-Monde relèvent de l’illusion post-coloniale, fondée sur ce complexe de supériorité typiquement français consistant à croire que notre modèle est valable pour tous et en tout pays.
Une élève pleure dans les bras de sa mère devant le collège de Florensac (RTL.fr)
La victime
Hier, une collégienne de 13 ans, scolarisée en 5ème, a été battue à mort par le frère d’une autre élève. « Il a commencé à sauter sur elle, à lui mettre des coups de poings –affolant, car c’est un boxeur- à la pousser, à lui tirer les cheveux, raconte Melissa sur BFM TV. Elle était à côté de moi, elle me disait “Melissa”, mais le temps de le dire, elle est tombée raide par terre. »
« Il y a une augmentation de l’ultra-violence, il faut se demander pourquoi, au regard de l’éducation, au regard de notre société, avec le développement de certains films très violents ou de certains jeux vidéo », a déclaré Nadine Morano sur i<Télé, en réaction à la mort de l’adolescente.
Depuis le 19ème siècle et l’épisode de la Commune, le bourgeois est rentré dans les mémoires collectives comme la figure du parvenu, ayant accédé à un assez haut niveau social pour se croire légitimé à commander à ceux qui sont ses égaux, à leur imposer ses leçons de morale à propos de situations que lui-même ne vit pas, et dont il a pris soin de mettre sa famille à l’abri. Le bourgeois est donc tout à la fois une catégorie sociale et un type moral (ou plutôt immoral). Ainsi, sous la Commune, la figure du bourgeois détesté est représentée par Adolphe Thiers, qui réprime dans le sang ceux qui tiennent les barricades parisiennes : le peuple parisien s’était révolté conte l’humiliation née de la défaite, mais pour les Versaillais, bien calfeutrés derrière leurs bureaux Grand Siècle, la guerre est une notion assez exotique. De nos jours, le bourgeois est celui qui donne des leçons d’ « humanité » et de « tolérance » aux Français, tout particulièrement quand il s’agit d’immigration et de délinquance, mais qui, lui-même, fait échapper ses enfants à la « diversité » en les plaçant dans des lycées aux frais d’inscription exorbitants et farouchement mono-ethnique (« ils adorent les immigrés, surtout les sans-papiers ; leur fille avec un bronzé, ah ça, plutôt crever » chante le groupe Hôtel Stella). En somme, le bourgeois, c’est l’élite qui nous gouverne, le pays légal, séparé du pays réel (le peuple) par un fossé infranchissable (« combien de fils d’ouvriers, de paysans ou de petits commerçants dans les assemblées censées représenter le peuple ? », lance Gaëtan Jarry le 31 mai 2008 à Paris).
La réaction de Nadine Morano au drame de Florensac fait d’elle la bourgeoise de cette affaire. Ce n’est pas je ne sais quel jeu vidéo, film d’horreur ou concert « ultra-violent » qui aurait incité l’agresseur présumé de la petite Carla à passer à l’acte. Mais plutôt la dislocation de la société française et de ses piliers : famille, autorité, communauté. A l’heure de l’avortement-contraception, des divorces à la chaîne, des familles recomposées à l’infini et de la mort du pater familias, proclamée triomphalement par de vieilles radasses féministes inconscientes, il n’y a RIEN, plus aucun obstacle, pour empêcher un jeune de passer à l’acte, d’exprimer ses pulsions. Car la famille est la première société dans laquelle s’insère l’enfant et qui lui donne des repères forts et une conscience aiguë du bien et du mal. La famille, source d’autorité et cadre communautaire primitif, responsabilise l’enfant ; sa destruction sous couvert de libéralisation des mœurs le livre tout entier à ses instincts juvéniles incontrôlables. Ceux qui ont entrepris de tuer la famille depuis 40 ans sont ceux qui portèrent les coups fatals à Carla. Et Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la Famille jusqu’au 13 novembre 2010, est de ceux là, étant partisane de la légalisation du mariage homosexuel et de l’adoption par des couples homosexuels (Le Salon Beige, 2008).
Les pleutres
Carla « est tombée six fois ». (…) des assistants d’éducation étaient à la sortie du collège « qui ont essayé de s’interposer entre les jeunes filles, mais qui malheureusement n’ont pas pu faire grand-chose ».
Comment un minot de 15-17 ans peut-il tabasser une enfant devant un collège sans être interrompu dans sa rage meurtrière par les personnes présentes – élèves, professeurs, surveillants, passants, etc. ? Il suffisait pourtant de peu : il suffisait d’un seul de ces surveillants ou d’un seul passant pour assumer de supporter les coups du boxeur en herbe afin de permettre à Carla de s’échapper. Et sa famille pourrait, aujourd’hui même, tenir Carla dans ses bras. L’intervention d’une seule personne aurait pu faire la différence. N’importe quel adulte, un homme bien entendu, aurait été capable d’encaisser à la place de Carla, ou, au mieux, d’assommer par derrière l’agresseur présumé, à défaut de l’affronter de face. Quiconque a déjà connu la violence de rue sait que l’effet de surprise est décisif dans ce genre de situation. Mais non, la démonstration de force et de haine d’une boule de nerfs adolescente a suffi à impressionner les témoins et court-circuiter d’avance tout embryon de courage. Cette exhibition de colère d’ « enfant trop nourri » a suffi à tétaniser ceux qui, en âge d’être les parents ou les tuteurs de l’agresseur présumé, sont probablement, dans leur familles respectives, en train de fabriquer le même genre de monstre incontrôlable parce que gavé de permissivité et dont on glorifie, dans un sens « progressiste », l’authenticité. Il y a définitivement quelque chose de pourri dans cette société où les « parents ne sont que marginalement responsables du développement de leur enfants [donc directement responsables des dérives de ceux-ci]… Les obstétriciens prennent le bébé en charge à la naissance, le pédiatre s’occupe ensuite de ses maladies et de son rétablissement, et les enseignants sont responsables de son intelligence… Les supermarchés et de l’industrie alimentaire de sa nourriture, et la télévision de ses mythes » (Mark Gerzon cité par Christopher Lasch dans La Culture du Narcissisme, p. 215).
A la destruction de la famille, il faut ajouter, au banc des accusés, le pacifisme dont ont été gavées les générations successives d’enfants éduqués par des baby-boomers. « Ne jamais répondre à la violence par la violence », nous as-t-on seriné depuis l’enfance : morale de faibles qui cherchent une justification éthique à leur lâcheté, croyant que, du même coup, ils nous protègeaient de la violence. Mais leur méconnaissance de l’omniprésence de la violence de notre société leur a caché l’existence de ces prédateurs qui, eux, ne jouent pas selon les mêmes règles du jeu. « Ne jamais répondre à la violence par la violence ». Les témoins de l’assassinat de Carla ont acquiescé docilement à cette injonction. Carla, elle, en est morte.
Je me rappelle mon enfance et l’arrivée de l’été. A l’époque, je ne comprenais pas ce qui se passait, mais c’était la fête dans mon quartier. Les voisins se rassemblaient dans un champ où l’on avait installé un barnum, où l’on cuisinait des pièces de viande à la broche. Et dès que la nuit tombait, un bûcher s’allumait et s’embrasait pendant une bonne heure, voire plus.
Je me retrouvais bouche bée chaque année devant celui-ci, sans être conscient que l’on perpétuait ainsi la tradition séculaire du solstice d’été, appelé par d’autres, « feu de la Saint Jean ».
Les solstices ont pour but de rendre hommage au rythme des saisons. Appelé « solstice » par les païens, (samain, solstice d’été/d’hiver) puis rebaptisé en d’autres noms par les chrétiens (Noël, Toussaint, fête de la Saint Jean, …). Ils représentent une lointaine tradition.
Mais un beau jour d’été, au lieu de tous se rejoindre comme à l’accoutumée dans le champ pour faire la fête, mes parents m’emmenèrent sur la place du village. Je restais comme interloqué. On y retrouva quelques centaines de personnes et des groupes de musique qui jouaient sur la scène. La soirée se passa et l’on rentra à la maison.
J’interrogeais alors mes parents : « Où est le bûcher ? », « Quand est-ce qu’on allume le feu ? » La réponse fut cinglante : « Il n’y en aura pas ce soir ».
Je n’ai pas cherché à comprendre.
La République a réussi. Une tradition perdue de plus. Les traditions, c’est le lien entre nous et nos ancêtres. C’est ce qui fait notre éducation, notre identité.
La Fête de la musique, évènement créé en 1982, avait pour but de célébrer l’arrivée de l’été. Mais pourquoi donc créer une nouvelle fête alors que le solstice existe et était encore présent dans de nombreux villages ?
La République française, héritière de l’humanisme et de l’égalitarisme, a voulu créer un homme nouveau et sans racines. Cela passait nécessairement par la destruction des identités régionales, par l’abandon des traditions ancestrales et par un métissage généralisé de la population.
L’identité régionale s’oppose à la vision jacobine de la république qui veut faire du Flamand, du Breton ou du Bourguignon le même individu venu de nulle part. Nous savons tous que la Bretagne a souffert de la République. De par l’interdiction de parler Breton, de par les clochers détruits pour les paroisses réfractaires à la Révolution, de par l’implantation massive de non-Bretons en Bretagne, de par l’obligation d’émigrer dans les grandes villes françaises pour trouver un travail, de par la séparation de Nantes et de la Bretagne.
La tradition, comme je le disais plus haut, c’est ce qui nous relie à nos ancêtres. Quand j’étais petit, je n’étais pas conscient d’être un fils de l’Europe ni que mes aïeux les plus lointains se retrouvaient également devant un feu pour le solstice d’été.
Ils ont remplacés nos légendes par de tristes croyances.
Au lieu d’éduquer nos enfants avec nos contes populaires ou les légendes de la Table ronde, nous leurs offrons des Oui Oui, des Dora ou des Titeuf… Au lieu d’apprendre les chants bretons à nos enfants, nous leurs offrons le dernier CD de Lady Gaga ou de Booba. Au lieu d’envoyer nos enfants aux festou-noz, on préfère les laisser aller « clubber » en boite de nuit. Voilà comment les jeunes se retrouvent déracinés et sans repères.
Aujourd’hui, le petit Blanc n’aurait-il le choix qu’entre devenir une racaille de campagne, ou une victime ethno-masochiste et métrosexuelle ?
De plus, l’Etat a facilité le déplacement de population. Combien de Bretons sont-ils nés en Bretagne de parents bretons ? Combien de Parisiens sont nés à Paris de parents parisiens ? La France, l’Europe, serait-elles devenues des patries d’hommes déracinés, incapables de se souvenir d’où ils viennent ?
Parce que nous ne voulons pas de cet avenir pour nos enfants, catholiques ou païens, le 18 juin au soir rappelons nous nos ancêtres, et fêtons tous ensemble le solstice d’été !
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Nous publiions il y a quelques mois le compte rendu et les photos d’un raid de 4 jours effectué courant août 2010 par cinq de nos camarades partis à la découverte des rives et des villages de la Loire à bord d’un radeau construit de leurs mains. À l’approche de l’été, nous prenons plaisir à rappeler leur aventure rafraîchissante, qui a la force de l’exemplarité.
Dans la moiteur de cette chaude matinée d’été, de lourds nuages massifs survolaient la Terre. Nomades et mystérieux, ils pérégrinaient en silence, des océans de l’Occident aux étendues désertiques de l’Orient, guidés calmement par le vent vers l’horizon flou et déchiré. Au loin retentit le carillon d’une cloche. Tandis qu’assise sur son cheval de bronze, une fille de France coiffée de son heaume doré, jette un regard sur sa cathédrale, figée par la gloire dans une posture vigilante. Les lumières colorées et la féérie de la nuit s’évaporent avec le jour. Orléans s’éveille. La cité s’anime. Et à ses pieds, nonchalante et paisible, la Loire coule. Au loin, dans un bruissement feutré, des ailes immaculées s’allongent et prennent leur envol avec la grâce que seuls connaissent les cygnes.
L’horloge du clocher sonne midi quand une forme plonge pour la première fois dans les eaux émeraudes du fleuve. Et glisse à la surface comme une ombre, trapue, charpentée, menaçante. Elle a l’odeur fruitée de l’acacia et la force de l’acier. La résistance du bambou et l’imperméabilité de la toile. Un rectangle de bois tressé de chanvre, à califourchon sur de lourds cylindres métalliques, couvert d’un triangle de tissu. La rigueur géométrique pousse Archimède dans ses confinements et prend la tangente sur la sinusoïde infinie du cours d’eau.
L’équipage, d’un bond souple, a sauté à bord. Ils étaient cinq. Cinq jeunes hommes à prendre le départ, venus de loin et d’endroits différents, unis comme les doigts de la main à une même destinée, à une même aventure. Un sort incertain, hasardeux, que rien ne laissait présager, mais que la bonne humeur de ces marins de fortune teintait d’espoirs et de promesses. Des bras vigoureux pour faire vivre les rêves… et du courage. Car ainsi vont les artisans d’exploit.
L’embarcation fendait les flots dans un clapotis guttural, rythmé par le tambour régulier des tonneaux qui faisait résonner cette traversée fantastique comme une croisade. La jeunesse partait en guerre. Rebelle et fière, elle luttait contre l’ennui et le confort. Elle reprenait ses droits sur la vie au grand air. Quittée la quiétude de la ville. Envolé le luxe amolli et superflu de la maison qui endort l’esprit. Confrontée à la nature, la jeunesse retourne à sa fougue. Elle retrouve l’éclat de sa force, sauvage et instinctive. Celle qui fait les Hommes. Pendant que sur le bastingage, le parfum de la roche et de l’eau enivre les cœurs. Des rires éclatent, comme des coups de feu. L’aventure commence.
Le rafiot avance lentement. Deux longues gaffes de bambous le font louvoyer à travers les aspérités des profondeurs capricieuses de la Loire. Par endroits, il faut se jeter à l’eau pour libérer l’embarcation d’un piège de sable et de gravier. Les pieds souffrent et le langage se durcit. L’atmosphère se charge d’électricité, prête à foudroyer. Mais la volonté surpasse toujours la difficulté et balaye d’une main le désagrément. Et le chemin continu, toujours aussi lent, toujours aussi farouche. Puis le soleil disparaît derrière le faîte moutonnant d’une forêt et l’équipage pose pied sur un îlot pour la nuit. Le feu crépite et lance ses flammes dorées dans la nuit claire. Et ensorcèle les marins fourbus, qui s’enfoncent rapidement dans un sommeil profond.
Et les jours se suivent ainsi sur les courbes ondulantes du grand fleuve. Suspendu dans le temps, figé par la magie de ces eaux tourbillonnantes, l’équipage se perd dans un univers aux frontières de la conscience et des songes, porté par la poésie et la puissance sauvage de cette immense artère de jade. Un fin crachin matinal dilue l’horizon dans un brouillard flouté. Autour du navire de fortune, les gouttes s’écrasent en une infinité de minuscules cercles concentriques, comme une pluie d’étoiles enfermées dans un miroir. L’air et l’eau ne font plus qu’un. La faune aquatique en liesse improvise un ballet de surface en une pièce d’opéra furtive, scintillante de mille écailles argentées. Puis, un rayon doré transperce enfin l’acier céleste, annonciateur du crépuscule du peuple fragile des géants de l’air. Il fera beau. Sur une berge, une poule d’eau lisse soigneusement le duvet soyeux de ses petits. Ils doivent être beaux pour leur première baignade.
Les jours et les nuits se succèdent au fil de l’eau. Le jour, on croise des groupes de canoës filiformes qui fusent dans l’onde claire. Leurs nageoires latérales plongent au tempo du bon vouloir de leurs passagers. Parfois véloces, parfois nonchalants. Des pêcheurs aussi, assis sur la berge ou au fond d’une barque légère, qui attendent patiemment l’invisible espoir de remonter un magnifique brochet. La politesse est de rigueur, naturelle et bienveillante. Elle unit l’espace d’un instant les hommes d’une amitié fugitive improbable. Le soir, les feux brillent. Perdu au milieu des flots, sur une île oubliée de la civilisation, l’équipage rit en se remémorant les souvenirs du jour passé. L’âme se libère et s’allège pour oublier les meurtrissures du corps. Puis elle s’endort sous la voûte étoilée.
La route est longue et semée d’embûches. Et pourtant, il faut avancer. Sauter, pousser, nager, remonter. Encore et encore. Les mains moites, les tempes ruisselantes, l’union fait la force et l’emporte. Les blessures légères individuelles ne sont rien pour l’espoir de tout un équipage volontaire. Et toujours, l’aventure se poursuit. Un barrage même n’aurait su retenir le flot de cette détermination. Pourtant de taille, l’obstacle ne suscite chez ces marins que plus d’audace. Enthousiaste, tout étendard dehors, battant pavillon rebelle, la jeunesse se jette alors à corps perdu dans l’inconnu. Indifférente au danger. Téméraire et fière.
En chemin, l’équipage croise aussi des carcasses de coques fendues, échouées dans de tragiques postures. Par endroits, des vestiges d’antiques viaducs, de ponts anéantis par la folie des Hommes. Ces piliers les observent de toute leur sagesse. Ces reliques du passé rappellent à quel point la vie est fragile. A quel point toute gloire est éphémère. La Loire, comme le temps, s’écoule et emporte avec elle le souvenir. Elle suggère qu’il n’est de vraie victoire que dans l’immortalité. La Loire est source d’inspiration et nous distille sa sagesse dans le calme velouté de la nuit. Car pour la dernière étape, l’embarcation navigue sous la seule lueur du scintillement des étoiles et les reflets opalescents de la Lune. Il règne à bord une fièvre joyeuse. Le mystère trouble la surface des éléments. Le flot cristallin d’émeraude se métamorphose en sombre serpent d’écailles visqueuses. Les affres de la nuit enchâssent les cœurs de leurs griffes de doute et d’angoisse, réveillant un monde imaginaire de ténébreux. C’est alors que d’une gorge timide, quelques notes s’envolent en pagaille. Désordonnées, isolées, seules, fragiles ; elles déchirent le voile noir. Comme le cor des héros d’Autrefois, elles sont un cri de détresse autant que de victoire. C’est le rappel des braves, de ceux qui veulent poursuivre la lutte, de ceux qui veulent continuer à espérer. Les notes s’étoffent, se libèrent et s’organisent. Elles sont maintenant un chant clair. Une autre voix s’y accroche. Presque au même instant, une troisième. Finalement c’est tout l’équipage qui vocalise à pleins poumons. La nuit a pris une autre teinte. Elle s’est colorée. La symphonie des cœurs auréole les alentours sinistrés d’or et d’argent. L’embarcation, légère et pétillante, disparaît sous une pluie d’étincelles enchantées. Le rire est devenu roi. On rit à la fierté de l’exploit. On rit pour cet instant fugitif, au milieu de nulle part, perdu dans le vague. Pour ce moment précis et inconnu de l’aventure où, d’un même cœur, les Hommes savent qu’ils partagent ensemble et à part égal un même bonheur.
Demain, nous nous quitterons. Demain, nos regards se croiseront sur le quai d’une gare et nos mains se serreront une dernière fois avant de nous en retourner. La Loire laissera sûrement dans son sillage un peu de vague à l’âme. Nous le savons. L’aventure nous invite à poursuivre. Mais ailleurs, d’autres nous attendent. Et pourtant, sous une pluie inopinée, blottit près du feu qui se meure, nous rions. Nous rions au Présent. Notre rire est celui d’une jeunesse folle et passionnée, qui profite de la vie et se moque de ses soucis. Un profit sans égoïsme, sans mal façon, sans vice. Au bénéfice de tous. Un petit don de soi pour le plus grand bonheur de chacun. Car ne nous y trompons pas, la jeunesse n’est ni un âge présupposé de la vie, ni une attitude, ni une mode, ni rien de temporel et quantitatif. Une et indivisible, débordante, passionnée, sensible et heureuse, elle se donne sans compter. Folle pour certains ? Non ! La jeunesse est vertu. Mieux que ça ! Elle est un idéal. Comme dans les vieilles légendes et les plus fabuleux mythes. Héroïque et immortelle.