Une Autre Jeunesse contre la tyrannie des gens raisonnables (3/3)

Lien vers la seconde partie

Les Européens veulent survivre, pas exister. La jeunesse, elle, veut exister. Pas se contenter de survivre comme ses aïeux baby-boomers qui, en se baignant avec insouciance dans le jacuzzi des Trente Glorieuses, ont perdu de vue l’importance des besoins spirituels dans la constitution de la personnalité d’un individu. Le trait de caractère dominant chez les peuples vieillissants est la recherche apeurée de « sécurité » et de « confort », afin de poursuivre, de faire perdurer, et d’achever sa vie sans accroc. « Ouf, on a passé la barre des 100 ans ». A une époque pas si lointaine, on préférait vivre un jour comme un lion que cent ans comme un mouton. De nos jours, le bêlement des moutons est assourdissant.

Notre société libérale, qui se croit rebelle, se félicite de transgresser les interdits moraux des sociétés traditionnelles qui l’ont précédé. Mais son pacifisme petit-bourgeois n’a rien à envier au « conservatisme » qu’elle croit transgresser ou aux césarismes totalitaires du 20ème siècle, qui diffusaient dans la population endormie les images d’Epinal rassurantes de l’homme providentiel, qu’il soit le « Guide » d’un Reich barbare ou « le petit père des peuples » soviétique. Un de ces Français maudits l’avait bien compris : « La devise même de l’Etat français (…) je ne peux pas m’empêcher d’y voir une sorte de tranquillisant d’une nature un peu suspecte. (…) J’aime bien les pères de familles : et cependant cette race pacifique des pères de famille, ce troupeau estimable et pacifique, ce n’est pas trop sur lui que je compte pour accoler ces vierges vigoureuses que j’aime : l’énergie, la justice, la foi. (…) Cette devise a le malheur de rejoindre par des voies et des expressions détournées l’habituel dessein d’émasculation du monde moderne. Travail : soumission aux riches. Famille : soumission à la morale. Patrie : soumission au gendarme. Il n’est question que d’obéir là-dedans. Je ne me sens pas si obéissant. (…) C’est entendu [nous voulons bien] être père de famille (…) [épouser] vos filles devant le maire et le curé. (…) Avant cela, avant le temps où il s’endormira dans l’honnête troupeau des pères, nous voulons que l’homme soit homme et qu’il ait les qualités de l’homme, les qualités nobles, les qualités animales de l’homme : le courage, la générosité, le respect de la parole donnée, la fidélité d’homme à homme ». En somme, Pétain – Cohn-Bendit : même combat.

La « révolution nationale » du Maréchal Pétain a endormi la fougue et l’idéalisme de nos pères par sa morphine chauviniste, par son nationalisme médicinal. La Résistance a fait revenir le naturel au galop. La révolution pour rire de mai 68 a ignifugé nos volontés rationnelles en nous soumettant à une mystique du Plaisir, à un hédonisme addictif destiné à nous faire oublier l’impérieuse nécessité d’un engagement total dans l’action militante. Le Plaisir (personnel, éphémère, matériel, égocentré) contre le Bien commun (collectif, durable, spirituel, profond). L’émotion contre la raison. Le moi contre le nous. L’esprit de vieillesse contre l’esprit de jeunesse. La conservation contre la révolution.

Nous fils d’Europe n’avons  pas peur de l’avenir car nous sommes enracinés dans une civilisation qui fut féconde en héros. Du courage des 300 Spartiates à celui des nationalistes irlandais, en passant par les Templiers et la révolte sociale et patriotique des Communards : c’est de ce panthéon d’hommes libres qu’ont été lancés les appels à l’insoumission qui ont traversé les siècles pour résonner à nos oreilles. L’Autre Jeunesse veut rendre ses lettres de noblesse au Politique : comme nos Anciens, nous voulons être des citoyens-soldats. L’Autre Jeunesse n’a qu’un seul crédo : La Jeunesse au pouvoir.

Autre jeunesse, autre destin

L’affaire de la conductrice de bus convoquée par un délégué du procureur suite à une plainte des parents d’un enfant de 12 ans traité par elle de « petit con » est actuellement largement relayée par les médias. Non pas pour son contenu grotesque et son caractère dérisoire, mais plutôt pour sa valeur symbolique. Le signe d’une société où l’enfant semble décidément bien être devenu roi, sans doute. Mais aussi la marque d’une époque où chaque étape de la vie d’un jeune est déjà préparée, calculée de sa naissance à son entrée dans la vie active. Le tout orchestré par des parents persuadés d’agir dans une optique bienveillante. A partir de là, chaque obstacle potentiel à un avenir idéalement défini doit être dramatisé et rapidement combattu.

Et rien ne doit entraver le parcours de l’enfant. On le traite de « petit con » dans un bus ? Portons plainte. On l’embête au collège ? Plaçons-le en école privée, loin des racailles. Des mauvaises notes au lycée ? Payons-lui des cours de soutien hors de prix. Les transports en commun craignent ? Achetons-lui une voiture pour ses 18 ans. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’enfant tant désiré entre enfin dans la vie active, parfois bien aidé par les connaissances de papa ou maman. Pour paraphraser un célèbre poème de Kipling, si tu peux trouver un métier sans vivre dans la précarité, si tu peux devenir propriétaire de ton appartement sans trop t’endetter, si tu peux continuer à t’amuser avec tes amis sans avoir à te soucier des problèmes de notre société : tu seras un homme, mon fils.

Cette définition de l’homme moderne souligne avant tout une nouvelle vision de l’existence où le risque ou l’éventualité de la mort doivent être bannis et où le confort doit être placé au dessus de tout. La vie d’un jeune doit nécessairement aboutir à sa réussite personnelle. Sinon, celui-ci ne peut qu’avoir raté sa vie. Et ce notamment lorsque, comme certains l’affirment, il ne possède pas une Rolex à 50 ans.

Pourtant, tout n’a pas toujours fonctionné de la sorte. Au temps de la grandeur de Sparte, les enfants étaient retirés à leurs parents pour subir une éducation les exposant à la douleur, au combat et à l’éventualité de la mort. Oui, c’était il y a plusieurs millénaires et pourtant, ce n’était, eux aussi, que des enfants. Même taille, même fragilité et même candeur que ceux d’aujourd’hui. A la différence près que leur avenir personnel n’était pas déjà tout tracé mais ne faisait que s’inscrire dans celui de la communauté, de la patrie. C’est pour cette même patrie que, dans les tranchées, toute une génération d’européens s’est sacrifiée il y a maintenant près d’un siècle. Des jeunes, pas plus bêtes ou plus barbares que ceux  d’aujourd’hui. Ce n’était pas au risque hypothétique d’une garde à vue ou d’un mauvais coup qu’ils devaient faire face, mais à celui des balles et des expositions aux gaz. Comme tous les jeunes de 2010, eux aussi avaient des projets, des amis, une famille.  Et pourtant …

L’Autre jeunesse, c’est aussi celle qui ne calcule pas. Celle qui n’a pas de « plan de vie ». Celle qui ne place pas sa réussite personnelle avant l’avenir de la communauté.  Elle s’oppose à ces jeunes conformistes pour qui le destin de la patrie importe peu. Car quand une nouvelle crise du capitalisme incontrôlé aboutira à la perte de leur travail, quand l’immigration aura rendu invivable le quartier de leur enfance, et quand, au final, ils auront tout perdu … alors sans doute sera-t-il trop tard pour comprendre que leur vie personnelle et celle de leur communauté étaient liées dans un seul et même destin.

Matthieu

Vae Victis – Casse sociale

Ton cas est bien trop banal
Pour qu’on s’intéresse à toi
Tu es né au mauvais endroit
Le tout sur fond de crise sociale

Un père aux abonnés absents
Et une mère sans argent
Une école d’incompétents
Tout ça c’est trop pour un enfant

Mais aujourd’hui tu as 20 ans
Et tu es déjà déclassé
Pas d’étrangers chez tes parents
Mais tu n’es toujours pas intégré.

Refrain :
Trop seul, trop pâle,
Trop seul pour qu’on te craigne,
Trop pâle pour qu’on te plaigne.

Tu vogues de jobs en petits boulots
La société t’as oublié
Tu n’as vraiment pas eu de pot
Tu n’es pas né sans papiers.

Pour cause de rentabilité
Il va falloir te sous-payer
Travailler même le dimanche
Sinon t’auras qu’à faire la manche.
T’as intérêt à marcher droit
A ne pas faire de faux pas
Car c’est à toi qu’on demandera
Des sacrifices à tour de bras.

La société est cloisonnée
Plus moyen de se regrouper
Les syndicats sont désertés
Les employés sont oppressés.

Au nom d’une libre concurrence
Tu subis la loi du marché
Abandonne toute espérance
Sois déjà content de travailler

Enchaînés à leur boulot
Les Français sont résignés
Mais toi tu refuses d’être un veau
Tu as envie de lutter.

A la bourse les cours ont chuté
Il va falloir te licencier
Ces milliardaires qui spéculent
C’est toute ta vie qui bascule.

Ils ont ouvert toutes les frontières
Pour mieux partager la misère
Pour engraisser les actionnaires
Et pour mieux baisser ton salaire.

Les Watchmen : le pamphlet anti-moderne des années 2000 ?

Par Julien Langella

Le fim Les Watchmen sort en France en mars 2009. C’est l’adaptation du comic-book éponyme paru de septembre 1986 à octobre 1987. C’est une uchronie : l’histoire des Etats-Unis est réécrite selon l’hypothèse d’une victoire américaine au Vietnam grâce à l’aide décisive du Dr Manhattan, alias Jon Osterman, physicien irradié par accident qui acquit le pouvoir de contrôler et de créer la matière ainsi que de voir dans son avenir. Richard Nixon est toujours président (pour son cinquième mandat suite à une réforme constitutionnelle), le scandale du Watergate n’a jamais éclaté et l’horloge de la fin du monde, dont « minuit » signifie l’apocalypse causée par une guerre nucléaire certaine avec l’URSS, affiche « minuit moins quatre ». Le monde vit dans la tension et la peur. Nous sommes en 1985. Le Comédien, alias Eddie Blake, ancien membre de l’équipe de super-héros Les Watchmen (Les Gardiens), aujourd’hui barbouze au service de Washington, est assassiné. L’autre ex-Watchmen Rorschach, alias Walter Joseph Kovacs, mène l’enquête. Il suspecte un complot destiné à supprimer un à un tous les anciens Watchmen. L’équipe a été dissoute il y a des années de cela et l’activité de super-héros prohibée par la loi Keene de 1977. Depuis, les Watchmen ont tous raccroché, l’un finissant à l’asile, l’autre en maison de retraite, deux ont été assassinées il y a des années, etc. La plupart sont des écorchés vifs « très humains ». Et pour cause : malgré leurs capacités physiques et intellectuelles hors du commun, aucun sauf le Dr Manhattan n’a réellement de super-pouvoir. Lire la suite

Une Autre Jeunesse contre la tyrannie des gens raisonnables (2/3)

Lien vers la première partie

Contrairement à ce que le quidam moyen peut être tenté de croire, nous ne vivons pas sous le règne de la jeunesse triomphante et nos anciens ne sont pas sacrifiés par de jeunes arrogants aux dents longues sur l’autel de la « nouveauté ». Le « jeunisme », qui inonderait notre société de long en large et profanerait tout sur son passage, n’est qu’une vue de l’esprit.  Notre époque est profondément conservatrice et poussiéreuse, empêtrée dans sa morale libérale-libertaire débilitante et castratrice, qui plonge l’homme moderne dans le narcissisme et le consumérisme comme thérapie aux angoisses générées par la société industrielle, l’éloignant toujours plus des vertus ordinaires (solidarité familiale, communautaire, de quartier, de palier, etc.) et du combat politique. La société techno-industrielle qui nous entoure et tellement bruyante et agressive (par les sons, les images, la publicité, les programmes télévisuels abrutissants, etc.) qu’elle pousse immanquablement chacun d’entre nous à se retrancher derrière les barricades de son « univers intérieur ». La société techno-industrielle interdit la vie en société.

La pacification des mœurs, rendue possible par l’étouffement consumériste de nos pulsions héroïques et chevaleresques, est la preuve par l’exemple que nous vivons une époque fort peu révolutionnaire. Nos sociétés occidentales sont gouvernées par un système politique et économique profondément matriarcal. Celui-ci génère une multitude d’angoisses qu’il prétend par ailleurs apaiser via des gadgets inutiles vendus dans les goulags climatisés qu’on appelle « centres commerciaux ». « Sécurité », « bien-être », « relaxation », « zen attitude », « coaching » : autant de mots d’ordres conservateurs et anesthésiants. Qu’y a-t-il de jeune et de révolutionnaire dans cette société du risque zéro ? Lire la suite