3 et 4 avril 2010 : raid &eagrave; Nice

Témoignage de Bertrand de Lyon

Bonjour je m’appelle Bertrand, je vais avoir 48 ans dans quelques jours et si l’on regarde de plus près mon parcours dès l’âge de 15 ans, je suis un heureux rescapé car en bonne santé. J’ai grandi chez mes grand-parents, tous deux ouvriers qui ont fait de nombreux sacrifices pour que j’aie la meilleure éducation possible.

J’ai passé six ans dans un collège catholique où j’ai reçu une bonne éducation ; mais en milieu d’année de mon redoublement de la classe de troisième j’ai fait de nouvelles rencontres. Nouveaux amis avec lesquels j’ai fumé mes premiers joints ; tout s’est alors enchaîné. D’abord j’ai arrêté d’aller en cours pour passer plus de temps avec mes potes, et bien sûr fumer du shit. Cette vie a duré quasiment un an pendant lequel mes grand-parents ont tout fait pour me remettre sur le droit chemin, mais sans résultat.

Puis un soir, pendant une fumette un gars est arrivé avec de la morphine base en nous disant que c’était très bon et que d’essayer ne nous ferait pas plus de mal que ça. En effet une seule fois ne fait pas de mal mais encore faut-il ne pas recommencer ; ce qui ne fût pas mon cas ni celui de mes amis d’ailleurs.

Et voilà comment du hash nous étions passés aux shoots de poudre agrémentés de quelques cuites. Quelques mois plus tard je finissais par goûter le LSD, une drogue hallucinogène très dure pour le cerveau. Mais je me rends compte aujourd’hui que heureusement ça n’a duré que très peu de temps. En effet, chaque prise bouffant énormément de neurones je n’en serais pas ressorti aussi bien.

Évidemment vous voyez d’ici la loque que je devais être ; et bien non car une nouvelle fois la chance me venait en aide si je puis dire. A part le hash que je fumais tous les jours, la poudre très chère m’obligeait à faire des breaks après les prises journalières que j’avais pu me payer. Cela pouvait pourtant durer jusqu’à trois semaines de prise. Je n’amplifiais donc pas malgré moi mon niveau de dépendance. De plus, bien que je ne l’écoutais pas vraiment, ma famille m’apportait un soutien psychologique.

Bien sûr je n’avais pas mis toutes les chances de mon côté pour mon avenir. Quand on se drogue la vie défile, passe si vite, trop vite pour anticiper et voir plus loin. Et le pire, c’est qu’on ne s’en rend pas compte, la vie étant vue dans l’immédiat, dans l’achat d’une nouvelle dose.

A mes 25 ans la vie m’a donné l’occasion de me reprendre. J’ai trouvé un travail qui me plaisait, ce n’était bien sûr que le début. J’ai manqué quand même pas mal de fois le travail car mes démons me collaient à la peau (moins de poudre compensée par plus de shit et d’alcool). Ceci jusqu’à l’âge de 33 ans où j’ai pris mes dernières doses de poudre. Une fois encore car je n’étais pécuniairement pas en mesure de me les fournir. Je dois dire que cela s’est fait sans relativement trop de problèmes ; relativement donc car on ne peut pas dire que c’est facile. Je dirais tout simplement que j’ai réussi à arrêter. Par contre je me suis rabattu sur la boisson et la fumette pour compenser. Plusieurs bonnes cuites par semaine. De plus ces cuites me rendant agressif et bagarreur, j’ai par la même occasion pu  » visiter  » un bon nombre des commissariats lyonnais.

La vie passait, et à 35 ans je commençais à me poser des questions sur l’avenir, car depuis le début de celle-ci j’avais déjà vu disparaître des connaissances mortes par overdose mais aussi à cause du sida. Je voyais également les ravages de l’alcool en observant mes voisins de comptoir. La visite chez mon toubib a été une étincelle. Il m’expliqua clairement que vu mon état de santé qui se dégradait je n’avais qu’un choix qui était celui d’arrêter si je voulais un jour connaître et profiter de ma retraite.

Du jour au lendemain j’ai réussi à stopper l’alcool. C’était un nouveau pas après la poudre. Neuf ans durant, j’ai encore fumé une dizaine de joints par jour ; une petite fortune. J’étais toujours et encore dans le cirage en définitif malgré le mieux comparé à il y a quelques années.

Il y a quatre ans, je me suis retrouvé au chômage, une première. A ce moment là, j’avais 44 ans, je ne sais par quel déclic je décide du jour au lendemain de me prendre en main, d’arrêter le hash, et de me prouver que je pouvais retrouver du travail.

Comme pour l’alcool, du jour au lendemain fini.

Les trois premières semaines furent extrêmement difficiles, surtout psychologiquement (sommeil agité nerfs à fleur de peau etc.). Puis petit à petit tout cela s’est calmé et j’ai redécouvert ce qu’était finalement la VRAIE vie, celle sans ces produits qui ne donnent que l’illusion du bien-être en rompant avec toute réalité ; et qui vous enferment dans une prison dans laquelle volonté et force de caractère sont les seules solutions pour s’en sortir.

Il y a maintenant douze ans que je suis abstinent d’alcool mais surtout quatre ans que je ne prends plus aucune sorte de drogue, et j’ai maintenant l’impression de renaître même si j’en garde quelques séquelles sans grande gravité au niveau de la mémoire et du fait que je ne trouve pas toujours mes mots de suite.

Enfin voilà ce que je peux vous dire sur ce qu’est la drogue mais aussi l’alcool que je considère comme une drogue dure ; et j’espère que ce récit encouragera les jeunes gens qui le liront et qu’ils auront le cran de refuser ce genre de produit si un jour ils y sont confrontés. Sachez qu’il vaut mieux passer pour « le blaireau  » aux yeux de ceux qui vous proposent et vous tendent ce genre de pièges. Il suffit parfois d’un simple NON pour ne pas gâcher sa vie.

Encore faut-il le dire le moment venu.

Christophe du Projet Apache témoigne pour Une Autre Jeunesse

Je m’appelle Christophe et j’ai 23 ans. Je suis fils de fonctionnaire de police, issu d’une famille catholique, j’ai reçu une bonne éducation et j’ai vécu une enfance heureuse et normale.

Pourtant, à l’ âge de 17 ans j’ai touché à ma première drogue: la cocaïne. Au début , c’était juste « un peu » les weekend avec les amis, puis au fur et à mesure j’ai pris de plus grosses quantités, l’addiction arrivant, et le corps réclamant la drogue.

C’ est comme ça que j’ai fini par en prendre la semaine avant d’ aller travailler. Cela a duré 2 ans, jusqu’au jour où j’ai rencontré une fille. Je ne lui ai rien dit et j’ai arrêté de moi-même pour ne pas la perdre. Notre relation s’est terminée au bout d’une année .

Au même moment, j’ai commencé à fréquenter le milieu gabber et j’ai donc tout naturellement passé la quasi totalité de mes weekend dans les boites de nuit belges, en consommant speed, extasie, et bien sûr, cocaïne. Au départ, je consommais de nouveau uniquement le week-end, puis c’est devenu quotidien.

J’arrivais au travail tel un déchet, encore sous l’effet de l’ extasie que je consommais énormément chaque soir (jusqu’à 10 cachets) et je tenais éveillé grâce au speed. J’étais de plus en plus aigri, asocial, je me renfermais, et c’est tout naturellement que j’ai échoué à un moment où j’aurais pu évoluer dans ma carrière. Ma seule vie sociale était le weekend, et encore, uniquement pour me réapprovisionner.

Puis, j’ai fini par prendre conscience que je me détruisais, que cela ne servait a rien, me coûtait cher, sans compter que mon travail demande énormément de responsabilité et qu’une seule erreur peut coûter une vie. J’ai donc décidé du jour au lendemain de tout arrêter, sans aide quelconque. Les premiers temps furent très durs, le manque de drogue me rendait très nerveux.

Depuis que j’ai arrêté, ma vie est bien plus intéressante, plus joyeuse, je suis en meilleure forme, et j’ai changé mes fréquentations; j’ai rejoint le Projet Apache grâce auquel j’ai connu une autre manière de vivre ma jeunesse et c’est pour cela que j’ai voulu faire ce témoignage.

En conclusion, je dirais que nul n’est à l’abri un jour de tomber dans la drogue, et j’espère que ce témoignage interpellera les plus jeunes et les dissuadera de toucher à quoi que ce soit.

Christophe

Envoyé spécial : Les nouveaux cocaïnomanes