La rébellion de la jeunesse française
Bonnal Nicolas – lundi 23 avril 2012
La jeunesse au pouvoir, les soixante-huitards à l’abattoir ! Depuis toujours le FN était associé aux petits vieux effrayés par la modernité triomphante et cosmopolite, aux petits commerçants qui ne savaient pas s’adapter et remplir leur feuille d’impôts, enfin aux crânes creux qui avaient raté leur baccalauréat !!! Et la jeunesse française avait défilé en masse contre JMLP en 2002, fanatisée et encadrée par les médias et par le corps enseignant. Mais aujourd’hui, elle vote en premier lieu pour Marine Le Pen. C’est la première vraie révolution de cette élection. Il y a là tout un contexte à expliciter.
La première chose, c’est que la jeunesse française d’aujourd’hui n’est plus comme celles que j’ai connues : elle ne fait pas partie de la génération qui jetait sa culotte sur l’estrade des Beatles ou qui se droguait en montant sur les barricades bidon de mai 68 destinées à liquider de Gaulle et l’exception française ; elle ne fait pas partie de la jeunesse junkie, socialo ou antiraciste des années 80 – la mienne ; elle ne fait pas enfin partie de la jeunesse des rave-parties et de la culture du cannabis et du RMI, qui attendait pépère la retraite à l’époque de Chirac et Jospin. La nature a finalement réparé, comme dans la pampa argentine, les erreurs humaines. Le gladiateur seul dans l’arène doit relever la tête.
La jeunesse française d’aujourd’hui a mieux étudié que celles qui l’ont précédée. On a beau liquider son histoire et sa culture générale, elle est plus sérieuse, mieux instruite, polyglotte, propre sur elle ; elle est même polie. Presque tous les jeunes d’aujourd’hui sont des boyscouts. Voyez autour de vous. Par un paradoxe dont l’histoire a le secret, cette jeunesse qui aurait dû être engloutie par un système social qui hait la famille, la patrie, le travail, cette jeunesse a un comportement digne d’elle. C’est Péguy qui l’inspire, pas Cohn-Bendit. C’est la Providence, pas l’Etat-providence.
Plus important encore, la jeunesse d’aujourd’hui est mal traitée. On l’appelle la jeunesse des nimileuristes… Avec cinq ans d’études, elle a droit à un SMIG ou à une invitation au voyage (va bosser au Qatar !). Elle touche 400 euros pour un stage, puis 600 pour un job ; on lui demande des CV de quatre kilomètres ; on lui demande de parler mongol, bantou ou volapuk ; d’avoir été infirmier-formateur en Afghanistan ou nageur de combat au Timor oriental. Mais surtout on ne veut plus la payer. La jeunesse italienne gagne 20% de moins qu’il y a dix ans pour un premier emploi, la jeunesse espagnole est au chômage quand elle ne joue pas au foot ; elle doit s’expatrier. La jeunesse française ne peut plus se loger et ne pourra plus le faire dans l’avenir. On est dans un monde de vieux.

























